Louis le Pieux.

840-925 : entre France et Germanie.

Dès le règne de Louis le Pieux (814-840), fils de Charlemagne, l'Alsace joue un rôle actif. C'est près de Colmar, au «Rothfeld» (champ du mensonge), le 30 juin 833, que Louis est trahi par ses 3 fils, Lothaire, roi de Lombardie, Pépin, roi d’Aquitaine et Louis, roi de Bavière, en présence du Pape Grégoire IV : Louis, qui avait eu ses trois files d’un premier mariage, voulait en effet associer au trône son quatrième fils, le futur Charles le Chauve, né de son second mariage avec Judith de Bavière, ce que refusèrent les trois autres. Louis est enfermé à Kircheim-Marlenheim dans la villa royale en attendant la sentence d’une Diète réunie à Aix. La Diète le rétablira dans ses droits et ses fils se soumettront.

A sa mort en 840, le conflit éclate entre ses fils Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique qui veulent se partager l'héritage paternel selon la tradition (Pépin étant mort en 837). La succession se passe mal et un affrontement à lieu en juin 841 à Fontenoy en Puisaye, entre les armées coalisées de Charles et Louis et celle de Lothaire qui bat en retraite. A Strasbourg, Louis, roi de Bavière et Charles, roi de Neustrie scellent leur alliance contre Lothaire le 14 février 842 par le fameux serment, le plus ancien document en langue française et tudesque. En 843, au traité de Verdun, les trois frères arrivent à un accord et l'Alsace est laissée à la Lotharingie, portion incongrue s’étendant de la Frise à la Provence et à l’Italie du Nord, et «coincée» entre la Francie et la Germanie.

Cette Lotharingie ne tarde pas à exciter la convoitise des rois de la Francie occidentale (France) et orientale (Germanie), d’autant plus qu’à la mort de Lothaire en 855, son royaume est partagé en trois (Italie, Frise et Lotharingie), l’Alsace revenant à Lothaire II. Pendant plus de 70 ans, ils s'en disputent la propriété : ainsi à la mort de Lothaire en 869, Charles le Chauve se fait nommer roi de Lotharingie, au grand dam de Louis qui lui adresse un ultimatum… L’affaire se règle en août 870 par le traité de Meersen qui consacre la disparition de la Lotharingie et donne l'Alsace à Louis le Germanique, hormis les cantons de Saales, du Climont, de Sainte Marie aux Mines, d’Echery, d’Andlau, de Wasselonne, de Hohengoeft…

En 911 cependant, à la mort de Louis II l’Enfant, roi de Germanie et dernier carolingien « germanique », Charles III «le Simple» occupe la Lorraine et l’Alsace du Nord, incendiant Strasbourg. Conrad I de Germanie réagit et reprend l’Alsace, obligeant l’évêque de Strasbourg Othbert, partisan du roi de France, à fuir, alors que la ville s’était ralliée à la cause saxonne.

Charles III ne tarde pas à se brouiller avec l'aristocratie lorraine et son princeps Giselbert, ce qui amène l'intervention du roi de Germanie Henri Ier l'Oiseleur, successeur de Conrad et fils de Charles le Gros (lui-même fils de Lothaire qui fut roi de France de 884 à 887). Les deux rois signent un traité à Bonn en 923, au terme duquel l’Alsace est intégrée pour plus de 7 siècles à l’empire germanique.