Le chantier de l'avenue de la Forêt Noire en 1898. Au milieu des premiers immeubles qui surgissent de terre, l'église Saint Maurice, lieu de culte le la garnison allemande catholique. Archives municipales de Strasbourg.

1880 : l'architecture néo.

Début des grands travaux de l'aménagement de nouveaux quartiers de Strasbourg dans le style "Wilhelminien": nouvelle gare, université (Palais universitaire), bâtiments officiels autour de l’actuelle place de la République, nouvelle poste, église saint Thomas, église saint Maurice, palais de justice...

Le symbole de cette nouvelle ville «à l’allemande» devait être le palais impérial, l’actuel Palais du Rhin. Dès 1873 l’empereur voulut qu’on lui édifiât une résidence pour ses séjours dans la capitale du Reichsland Elsass-Lothringen. Acte politique éminent, car il fallait montrer à l'Alsace-Lorraine que l'empire allemand n'avait pas l'intention de rétrocéder ces provinces à la France, contrairement à ce qu'écrivaient les journaux français, et que, par l'édification du palais, le rattachement de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne prenait un caractère définitif. Enfin l'édification de bâtiments officiels devait amorcer la construction de la ville nouvelle. Hermann Eggert en fut l’architecte. En 1914 il était considéré comme l'un des architectes les plus éminents de son époque.

Les travaux du palais débutent fin de 1883 et s’achèvent en 1888. Mais Guillaume Ier manifesta fort peu d'enthousiasme pour le bâtiment qu'il aurait qualifié de "gare". Il mourut avant son achèvement. Son fils, Frédéric III, partageait l'opinion de son père et demanda en 1888 au Statthalter d'aménager le château de Saverne en résidence impériale, le nouveau palais devant devenir un musée. Mais il décéda au bout de quelques mois de règne, et c'est finalement son fils Guillaume II, accompagné de l'impératrice Augusta, qui vint inaugurer l'édifice entre le 20 et le 23 août 1889. L'empereur y revint pratiquement chaque année jusqu'en 1914.

L’autre grand moment de cette campagne sera la reconstruction du château du Haut Koenigsbourg. Guillaume II se consacre à sa restauration pour en faire l'un des symboles des dynasties impériales Hohenzollern et Habsbourg. Confié à l'architecte Bodo Ebhardt, en 1901, le chantier s'échelonne sur sept ans et reste relativement fidèle à son ancêtre médiéval.

Strasbourg est la seule ville actuelle qui ait gardé les plus belles traces de cette architecture du second Reich... les autres réalisations significatives ayant disparu en Allemagne du fait des destructions de la seconde guerre mondiale.


En même temps, le ministère de la guerre du Reich fait ériger autour de Strasbourg une série de forts, ouvrages de défense de la ville pour la protéger lors d’un éventuel conflit contre la France, l’Alsace-Lorraine devait servir de «glacis défensif»: ainsi 14 forts et 8 ouvrages intermédiaires vont ceindre la ville, dont le fort Podbielski (Mundolsheim), le fort Prince Royal (Niederhausbergen), le fort Grand Duc de Bade (Mittelhausbergen), le fort Rapp (Reichstett)… De plus, les Allemands renforcèrent la ceinture de fortifications de la ville elle-même.

Enfin, au débouché de la vallée de la Bruche, sur la colline dominant Mutzig, les Allemands construisirent un des plus grands forts du Second Reich: la Kaiser Wilhelm Feste, énorme ensemble défensif qui jouera un rôle non négligeable lors de la première guerre mondiale.